|
|
|
|
|
Histoire de Poil(s) |
|
Le
standard de la race parle d'un poil « crissant »,
expression difficilement tra- duisible en d'autres langues, mais
qui dit bien ce qu'elle dit. II s'agit en ce cas de la texture, du
toucher du poil; en plus, pour son aspect, il est dit qu'il ne peut être
ni frisé, ni bouclé ou ondulé. Il doit avoir un aspect plutôt «
hirsute ». Il faut aussi un sous-poil fin, bien fourni sans être
envahissant. C'est ce que les spécialistes de la race appellent « la
bourre ». Le poil, tel que le cheveu des humains, pousse à peu près
d'un cm par mois et peut atteindre une longueur d'une dizaine de centimètres
chez le Bouvier des Flandres. Le sous-poil, par contre ne s'allonge pas
beaucoup au delà de trois à quatre cm, mais son volume et sa densité
augmentent. Tout ceci fait qu'il faut écourter le poil et étriller la
bourre. Les uns appellent cela de l'entretien, les autres parlent de
toilettage. Du
fait qu'il faut écourter le poil, il est évident que cela ne se fait
pas partout sur le corps, les membres et la tête à la même longueur.
Il y a donc une mise en forme à faire. Longueur de poil requise sur le
corps : cinq à six cm. Beaucoup de gens trouvent que c'est
beaucoup de besogne et que cela demande habileté, dextérité et expérience.
Exact, à moins que l'on confie cette besogne à un ou une spécialiste
et, bien entendu, cela se paie. De plus, cela prend du temps, trois
heures pour le faire correctement avec un chien qui n'est pas difficile
et que l'on n'a pas négligé. Ceci environ tous les trois mois. Ceci
fait que beaucoup de personnes nous disent : « Je préfère un chien
qu'il suffit de brosser de temps à autre ! ». Avec un Bouvier des Flandres bien entretenu, vous ne trouverez pas le moindre poil à terre, ni sur les moquettes, tapis, paillassons ou autres. Sans parler de vos vêtements et de votre voiture. Par contre, pour les races dites faciles d'entretien, cela n'est pas le cas. Des poils partout, et, si le chien vit à l'intérieur et ne subit pas l'influence des saisons, toute l'année durant. Nous avons connu les propriétaires d'un petit Fox Terrier à poil ras mort depuis plus de quatre ans. Malgré de réguliers passages à l'aspirateur on avait pas mal de petits poils blancs incrustés comme des aiguilles dans ses vêtements si on s'installait dans un des fauteuils de ces braves gens. Dans la vie il faut savoir choisir. Peser le pour et le contre et faire son choix, pour autant que le coeur ne domine pas la raison. Voici donc la situation expliquée, mais comment se présente-t-elle du moins au point de vue du poil du Bouvier des Flandres ? Là, il faut dire qu'il est loin d'être homogène. D'où toutes les polémiques à ce sujet. A quoi cela peut-il tenir ? Il n'y a pas mal de raisons, historiques, régionales et autres. Tout
d'abord disons qu'à l'origine il y avait pas mal de variétés de
Bouviers des Flandres différentes. Cela veut dire qu'au début de ce siècle
: on connaissait le « Bouvier de Roulers » (Roeselaarse pikhaar en
langue flamande - plus grand (70 à 73 cm au garrot) que le Flandres. Il
avait des côtes plus plates, le dos et le chanfrein plus longs. Un poil
noir uniforme n'excédant pas six cm. sur le corps; court sur la tête
avec peu de garniture de même qu'aux membres. Le Kennel Club de
Belgique, non affilié à la F.C.I. (Fédération Cynologique
Internationale), le reconnaît encore toujours comme une race particulière.
En Belgique, certains éleveurs maintiennent cette variété, mais il
faut dire qu'en général elle n'est plus pure et croisée avec le
Bouvier des Flandres. De tels élevages existent aussi aux Pays-Bas. D'autre part il existait une variété différente dans les Flandres, tant françaises que belges. Principalement des deux côtés de la Lys (Leie). On parlait même d'un type de Roubaix et d'autres; Wervik, Menin, etc. Leur aspect et leur poil étaient en général plus proches de ceux du Bouvier des Flandres actuel. Par contre, la couleur différait d'un sujet à l'autre. Le seul critère de sélection à l'époque était l'aptitude au travail et souvent il y avait apport de sang d'autres races ou bâtards, voulu ou non. Mâtin belge, Dogue allemand et on parle même d'Airedale... Allez
vous retrouver dans cet amalgame. Il y a une soixantaine d'années à
peu près ce fut le grand mérite d'un amateur, éleveur passionné,
Monsieur Justin Chastel de Thuin (en Belgique, province de Hainaut et
proche de la frontière française) de créer le Bouvier des Flandres
tel que nous le connaissons aujourd'hui. IL fut conseillé par Monsieur
Félix-Eugène Verbanck de Gent (Gand, Flandre orientale) éminent
cynologue et éleveur de chiens de race à l'époque. Malgré tous les efforts et une sévère sélection, l'uniformité du poil chez tous les Bouviers des Flandres resta difficile à obtenir. Ajoutez à cela que par la suite d'autres éleveurs n'observèrent pas la même rigueur et vous comprendrez aisément que la situation pourrait encore nettement s'améliorer et que la polémique est loin de cesser. En plus, il faut ajouter qu'il est fort difficile d'obtenir une telle sorte de poil et de sous-poil chez chaque sujet. Il faut aussi dire que d'autres critères sont exigés du Bouvier des Flandres : aptitude à la garde et à la défense, calme et courage; un « sage-hardi » comme le voulait Justin Chastel et avec lui les vrais amateurs actuels. Il y a donc du pain sur la planche... Voici
donc la situation expliquée aussi bien que possible selon l'expérience
de l'auteur de cet article. Pour mieux l'illustrer, voici ce qu'il a
constaté chez d'autres races, là ou on a voulu corriger, améliorer ou
tout simplement changer tel ou tel aspect physique ou telle ou telle
aptitude, ou tel ou tel trait de caractère. Quelques
races belges. Commençons par les races belges. Les bergers belges, surtout le Malinois et le Groenendael sont nés d'une consanguinité étroite. Rien d'étonnant, c'est le cas pour la plus grande majorité des races canines et des races animales en général. L'exemple
du Malinois : Après
la seconde guerre mondiale, l'élevage est devenu étroitement sélectif.
En effet, il restait peu de sujets suite à la pénurie alimentaire et
il fallait faire avec ce qui restait. Ceux-ci étaient de qualité: on
ne garde pas de mauvais chiens quand la nourriture manque même pour les
humains. Si les premières générations de Malinois d'après-guerre nous ont donné de beaux et bons sujets, tant au point de vue exposition que travail (principalement « ring »), il faut dire qu'au niveau du poil la situation était la suivante :- avant 1940 beaucoup de Malinois de couleur relativement correcte avaient un poil très court avec peu de sous-poil qu'on pourrait même qualifier de poil ras. Après guerre, si le type fut plus homogène, il faut dire que le poil était devenu plus long, plus fourni et avec un sous-poil ayant plus de volume. A cette époque il était fréquent d'avoir plusieurs poils longs (Tervueren) dans une nichée de Malinois. Ces
trois tendances se rencontrent encore à l'heure actuelle :
L’exemple
du Griffon Bruxellois et du Griffon Belge. Nous
passons donc de la taille moyenne à la taille miniature. S'il n'est
plus question d'aptitude en chien de défense, il y a d'autres critères
qui jouent. Au cours des années 1920 à 1935 nos meilleurs Griffons et
Brabançons furent achetés principalement par des amateurs américains.
Souvent à gros prix. Mais voilà, les Américains, en en faisant l'élevage l'ont aussi constaté. Ils y ont remédié en introduisant du sang de terrier - et qui sait d'autre chose -. Résultat : on a introduit en Belgique des Griffons d'origine américaine. Très bien. Ils ont de bons dos, de bonnes arrière-mains et même souvent d'excellentes allures. Bravo ! Mais la tête n'est plus aussi typique et... le poil n'est plus le même. La couleur, la fourniture, et même, en partie la texture n'ont pour ainsi dire pas changé mais pour avoir le même aspect du chien et la même longueur de poil, un toilettage plus conséquent s'impose. Quelques
races non belges. L’exemple du Dobermann Les premiers sujets présentaient un aspect qui rappelait fortement le Berger Allemand, oreilles et queue coupées ne trompent pas l'observateur averti et attentif. Bien entendu, le Berger Allemand de l'époque arrosé de pas mal de sang Pinscher et probablement accommodé d'autres apports, de race ou non. Mais, et cela on le sait avec certitude, le poil était comme celui du Berger Allemand, c'est-à-dire « Stockhaar » comme disent les Allemands. Au cours des années 1960-1970 du sang de greyhound fut introduit pour « anoblir » le type et le rendre plus élégant. Le poil devint ras, sans sous-poil. Le caractère changea aussi, mélanger du sang de lévrier avec du sang de berger est une opération très délicate. Gare à la casse et aux dégâts. Avis aux apprentis sorciers ! L’exemple
du Scottish Collie à poil long. A
l'origine il s'agissait sans aucun doute d'un chien de berger
travaillant au troupeau. On fit pour lui, pour les mêmes raisons que
pour le Dobermann, ce que l'on fit en ce cas en introduisant du sang de
lévrier, pour être exact, de lévrier russe (Barzoï). Résultat : un
très beau chien mais qui ne valait plus rien comme gardien et
conducteur de troupeau de moutons. Les anglais, les écossais, les
gallois et les irlandais ont toujours appelé leurs bergers travaillant
au troupeau « working sheepdog ». de vrais merveilles pour la besogne
à faire. Si vous voulez savoir de quoi ils ont l'air, regardez le
Border Collie Celui-ci en a gardé l'aspect, le caractère et toutes les
aptitudes au travail. Le même poil aussi. Conclusions Maintenir
un poil identique d'un sujet à l'autre dans une même race est fort
difficile. Employer des lignées et courants de sang nouveaux de la même
race demande connaissance et prudence. Il y a souvent des surprises et
cela plutôt du genre désagréable. Employer une autre race, c'est, à
moins d'être expert, jouer au poker. Ne pas être expert dans ce
domaine, c'est jouer à la roulette russe. |