Belgian Dogs  &  Malinois Worldwide

 

Génétique


La génétique des couleurs du Berger belge
Une importante mise à jour
par 
Jean-Marie Vanbutsele


Deuxième partie


B.  Les gènes de dilution de la pigmentation.

Cette deuxième partie analyse trois gènes ou locus qui sont en mesure de diluer la couleur noire de l’eumélanine et/ou la couleur fauve de la phaeomélanine. 

a)  le locus (Brown) 
Ce locus concerne ou affecte uniquement l’eumélanine. Pour ce locus, les allèles sont au nombre de deux soit  :


  ·   l’allèle  B  (allèle dominant ) :
dans ce cas, l’eumélanine est noire. Le chien est  soit entièrement noir  ou, s’il n'est pas noir, ses extrémités (nez, lèvres, paupières, etc.)  sont noires.


   ·   l’allèle  (allèle récessif) :
dans ce cas, il y a  dilution simultanée de l’eumélanine de la peau et du poil. 
L’eumélanine apparaît marron (appelé aussi chocolat ou foie). Le nez et les extrémités sont aussi  marrons. Le marron est susceptible de varier sous l’influence de gènes modificateurs mais sa récessivité par rapport au noir est certaine. La couleur de l’iris de l’œil est aussi plus claire.

Cet allèle explique d’où provient la couleur chocolat chez le Schipperke. Le noir est la seule et unique couleur reconnue chez le Schipperke depuis le premier standard établi en 1888. Toutefois, pour des raisons didactiques, il y a lieu d’informer de l’existence d’allèles récessifs autres que noirs. Ces allèles peuvent resurgir après de nombreuses générations lors de l’accouplement de parents porteurs, tous deux, de l’allèle récessif non désiré.   

Tous les Bergers belges étant « BB », ce locus pourrait être classé parmi ceux qui n’ont pas d’influence sur les couleurs du Berger belge.
 

b)  Le locus responsable de la dilution de la phaeomélanine
Le Tervueren dit « gris » à cause de l’impression de gris donnée par la plus ou moins grande quantité de charbonné est un « sable charbonné ».  Signalons ici que la signification du  mot « sable »  en anglais englobe toute la gamme des coloris de « fauve ».

En nomenclature génétique, le terme « gris » est réservé au phénomène de grisonnement. C’est l’action de l’allèle dominant du locus « G » qui modifie progressivement dans le temps la couleur héritée à la naissance. C’est le cas du caniche gris qui naît noir. Chez le Berger belge il n’y a pas de robe qui grisonne avec le temps
.

Ancienne hypothèse - l’allèle  cch (chincilla) du locus C
Pour expliquer la dilution du fauve en sable, Little a eu recours à l’hypothèse de l’existence d’un allèle appelé : chincilla cch. Selon Sheila Schmutz, cette hypothèse ne se vérifie pas car l’allèle chincilla affecterait les deux pigments de la mélanine.  D’autre part, pour plusieurs races de chiens, il a été démontré, poursuit-elle, que cette allèle ne semble  pas provoquer de dilution du fauve pour donner le coloris sable.

Le gène « I »  (Intense)
Sponenberg et Rothschild décrivent un gène  appelé « I » du mot anglais « Intense » qui dilue uniquement la couleur fauve ou la phaeomélanine. Ce gène existerait indubitablement. Toutefois il n’a pas encore été identifié ni localisé. Des recherches sont en cours afin de déterminer avec plus de certitude le phénomène de dilution de la phaeomélanine.
En attendant, nous nous contenterons des allèles, probablement à dominance intermédiaire, suivants :


o       l’allèle
Pas de dilution. La plupart des chiens sont II.


 
o       l’allèle
Allèle récessif provoquant la dilution du fauve.

Chez le Berger belge, le sable-charbonné se rencontre de nos jours assez fréquemment chez le poil long. Il est plus rare chez le poil court.


c) le locus D ( blue Dilution)
Deux allèles sont connus à ce locus :

   ·   l’allèle
Cet allèle permet l’expression normale des pigments.

  · 
  l’allèle
Cet allèle de dilution est récessif. En présence du couple « dd » les couleurs se diluent comme suit : d’une part le noir  devient  bleu  et le marron (ou chocolat) devient  beige et, d’autre part, le fauve devient  sable.  


Le terme ‘bleu’ signifie couleur ‘bleu ardoise’ (slate blue) ou ‘gris-bleu’. Le nez, les coussinets et les bords des yeux sont « bleu-noir ». Les allèles dd diluent l’iris et lui donne une teinte bleue ou  donnent des yeux appelés « smoky eyes » (yeux fumés). Les robes diluées par dd, sont prédisposées à une certaine forme d’alopécie (perte de poils). L’action de dd sur la phaeomélanine est connue pour ternir (flattening or dulling en anglais) la couleur.

Pour ce locus, les Bergers belges sont normalement DD. L’apparition assez récente de  robes dites « bleues », ne s’explique pas historiquement (voir article : "Les bleus envahissent nos Malinois"). Chez le Schipperke, la dilution du marron (ou chocolat) en beige explique cette couleur récessive non reconnue.

C.  Les taches blanches

Le poil est blanc s’il y a absence (ou non fonctionnement) des cellules mélanocytes. Aucune confirmation n’existe quant à l’existence d’un gène responsable de la panachure blanche.  La théorie traditionnelle des quatre allèles de la série « S » (white Spotting) étant hypothétique et d’importance minime pour notre race , nous ne l’examinerons pas. 

La panachure blanche envahit le corps à partir des extrémités, de façon centripète.  Chez le Berger belge, la robe entièrement colorée laisse souvent apparaître des petites taches aux doigts et au poitrail. Une tache blanche à la poitrine formant plastron et du blanc au pied dépassant les doigts sont considérés comme un défaut. En principe, « moins de blanc » domine « plus de blanc » mais la dominance serait incomplète.  

D. Tableaux récapitulatifs

Les allèles (repris en gras) entrant dans la composition des trois robes de couleurs du Berger belge :
  


A
gouti
(robe fauve-
charbonné
ou noire
)

BlacK
(robe noire
dominante)

E
xtension
(masque noir)


B
rown
(dilution du noir en
marron)


I
ntense
(dilution du fauve en
sable)

blue Dilution

(dilution du
noir en
bleu sale)
Ay
aw
as
at
a
KB
kbr
ky
Em
E
e
B

b
I

ii
D

d


Les formules génétiques pour les chiens homozygotes :

Couleurs / Locus A K E B I D
Noir dominant AyAy KBKB EmEm BB II DD
Noir récessif aa kyky EmEm BB II DD
Fauve charb/masqué AyAy kyky EmEm BB II DD
Sable charb/masqué AyAy kyky EmEm BB ii DD
Schipperke aa kyky EE BB II DD

Pour les chiens hétérozygotes , les possibilités de formules sont plus nombreuses en fonction de la dominance complète ou intermédiaire des allèles dans chacun des locus.

 

                                  Quelques commentaires et aspects historiques

Afin de reconstituer notre race, en grande partie décimée par la Guerre de 1914-1918, l’assemblée générale consultative du 8 février 1920 de la « Société Royale Saint-Hubert » se prononça pour : 

- le maintien intégral des 5 variétés existantes (le poil long noir, le poil long fauve charbonné, le poil court fauve charbonné, le poil dur fauve et la poil dur gris cendré foncé). Les dénominations "Groenendael" et "Malinois" sont maintenues pour les deux variétés connues sous ces appellations;

-
la qualification de "berger belge" sera reconnue aux chiens répondant strictement au standard de cette race, même s’ils sont d’une autre couleur que celles admises pour les cinq variétés anciennes, pourvu que cette couleur soit comprise dans la gamme des tons qui vont du noir au fauve ou dans le mélange de ceux-ci. Un peu de blanc sera toléré. …. La plus grande sévérité est demandée des juges, en ce qui concerne le type.

Dans un article publié en mars 1920, Charles Huge, qui avait participé à cette l’assemblée consultative de 1920, commente avec précision quels sont les limites des couleurs du berger belge.

« Autant je suis partisan de rendre à notre race bergère du pays tout le terrain qui faisait le domaine de notre race autochtone, autant je me refuse à y admettre les couleurs qui, de mémoire d'amateurs, ne furent pas celles qui se rencontraient dans le pays.  Jamais nous n'avons vu un berger belge brun chocolat, ni un bleu souris, ni un noir avec feux vifs comme le dobbermann ou le beauceron. Le fauve et le noir avec des traces de  blanc sur la poitrine et parfois aux extrémités constituent les limites de la race, à notre avis, mais la couleur fauve est très variable et très étendue comme gamme, et là, nous ne devons pas être exclusifs, car il faut l'admettre tout entière; elle part des tons roux vifs, parfois très charbonnés, comme chez le renard, jusqu'à la teinte isabelle, et cela se rencontre fréquemment, même de nos jours, dans la même nichée. »

« … Mais pour rester dans le style du pays, il fallait que nous limitions au noir-fauve de toutes nuances, leur mélange (bringé) avec présence du blanc. »

Sur le plan pratique, les variétés furent réparties comme suit :

  1. Chiens de berger Malinois
  2. Chiens de berger belges à poil court, autres que Malinois
  3. Chiens de berger de Groenendael
  4. Chiens de berger belges à poil long fauve
  5. Chiens de berger belges à poil long, autres que noir ou fauve
  6. Chiens de berger belges à poil dur fauve
  7. Chiens de berger belges à poil dur gris cendré foncé
  8. Chiens de berger belges à poil dur, autres que fauve ou gris cendré foncé

Au bout de quelques années, il s’avère que le « poil court noir » compose la majorité des « Poil court autres ». Loin derrière suit le bringé et quelques cas appelé « gris ». Chez le poil long autre, il s’agit essentiellement de la couleur dite « grise ».

A partir du 1 janvier 1934, la répartition des CAC (au plus beau chien et à la plus belle chienne) entre les différentes variétés de chiens de berger belges est ramenée à quatre comme suit  : 
    a)  au poil court, sans distinction de couleurs (toutes couleurs réunies) ;
    b)  au poil dur, sans distinction de couleurs (toutes couleurs réunies) ;
    c)  au poil long noir Groenendael ;
    d)  au poil long sans distinction de couleurs (noire exceptée) (toutes couleurs réunies).
Dans les règlements d’expositions, la séparation en huit variétés reste maintenue. (« Chasse et Pêche » du 14 janvier 1934) 

Disons un mot sur le poil dur « gris cendré foncé » que certains auteurs qualifiaient de « poivre et sel ». Cette variété, reconnue depuis 1898 et n’ayant jamais fait l’objet d’une éviction, s’est éliminée par elle-même. Quelles en sont les causes ? A l’origine, le nombre de « poil dur gris cendré foncé » comptait seulement quelques unités. C’était un chien assez lourd qui manquait de tempérament  et de vitalité. Les nichées étaient souvent réduites à deux ou trois chiots.
F.-E Verbanck déclare (dans un article datant de 1969) ceci : «
D’après nos connaissances actuelles, les gris-cendrés seraient affectés d’un gène létal, tandis que les fauves seraient exempts de ce gène ». 
Il existerait un allèle,  appelé « lethal yellow » par les généticiens, qui a l’état homozygote entraîne la mort. A l’état hétérozygote, cet allèle manifeste des effets somatiques comme l’obésité et une réduction de la fertilité. 

A partir du 1 janvier 1974, on entre dans une nouvelle phase pour le Berger belge, celle de l’élimination des petites variétés à l’exception du poil dur fauve.  En effet, il a été décidé de ramener les  variétés au nombre de quatre à savoir :  
   a.  le Groenendael, poil long noir 
   b.  le Tervueren, poil long fauve charbonné masqué
   c.  le Malinois, poil court fauve charbonné masqué
   d.  le Laekenois, poil dur fauve charbonné.

Toutes les autres variétés ne sont plus reconnues sauf le poil long dit « gris » qui sera toutefois encore admis provisoirement séparément en exposition mais avec attribution d’un seul C.A.C. pour les Tervueren et les poils longs « gris » réunis. (Lettres du 7 juin 1973 de la S.R.S.H. et du 21 juin 1973 de la F.C.I.).

Avec le fauve-charbonné, le noir est une des deux couleurs de base des couleurs de robes de nos bergers. A l’origine de la race, le noir dominant et le noir récessif étaient tous deux présents.   Banni une première fois en 1898 lors de l’attribution d’une couleur unique par type de poil, le « poil court noir » reviendra sur les rings d’exposition à partir de 1911 grâce à Joseph Demulder, Président du Berger Belge Club. Il reprendra sa place parmi nos variétés en 1920. Entre les deux guerres, le poil court noir était aussi nombreux que le Tervueren et compta plusieurs Champions. C’est vrai qu’il déclina après la seconde Guerre. Fallait-il pour cela le bannir une seconde fois 1974 ? Devenu rare, il survit néanmoins encore de nos jours.

Que faut-il entendre par la teinte « isabelle » ou « gris-argent » ou « gris » ? Se dit de la robe de certains chiens d’une couleur fauve très pâle. C’est l’action d’un gène de dilution. Le terme génétique utilisé aujourd’hui est « sable-charbonné ». Le terme « gris-charbonné » utilisé dans le standard est, à mon avis, un pléonasme car la couleur grise du Berger belge implique déjà la présence du charbonné. L’expression : sable-charbonné dit « gris » serait une formulation mieux appropriée. Pour un Berger belge, il va de soi que l’absence de charbonné est un défaut important.

Depuis 1974, les trois couleurs de robes (noir, fauve-charbonné et sable-charbonné) se retrouvent uniquement chez le poil long. Le nombre de C.A.C. correspond au nombre de variétés. Le poil long sable-charbonné est reclassé avec le poil long fauve-charbonné sous le même nom de « Tervueren ». Etait-ce pour obtenir l’égalité 4 C.A.C. = 4 variétés ?

Si le nombre de quatre C.A.C. est resté inchangé depuis 1934, vous constatez que le nombre de variétés a évolué. Fallait-il garder les huit variétés en exposition ? Raisonnablement non. Pour ne pas réduire la variabilité génétique, le compromis équilibré, respectant à la fois les aspects tant historiques que génétiques, n’aurait-t-il pas été l’alliance des trois types de poils avec chacune des trois couleurs de robes ? Répartie sur cinq variétés, une telle proposition avait été approuvée en séance du « Conseil Cynologique » du 16 juin 1963.  C’était du temps de Félix Verbanck (1885-1973) …  

Décembre 2007

 

Références

-   Dr. Y. Surget -  Génétique des couleurs chez le Berger belge (1981)
-   Génétique appliquée à l’espèce canine – Société Francophone de Cynotechnie (1985)
-   Génétique de la robe par Mme B. Quéinnec
-   Prof. B. Denis – Les couleurs de robes chez le chien (S.C.C.) (1989)
-   Prof. B. Denis – Génétique et Sélection chez le Chien (1997)
-   Association of an Agouti allele with fawn or sable coat color in domestic dogs.
     (Mammalian Genome, april 2005)
-   Kleurovererving bij de Belgische Herder door Valérie Vandenberge – Universiteit Gent (2005)

sur internet :
-   Exclusion of Mc1r and Agouti as Candidates for Dominant Black in Dogs –                                 Journal of Heredity  (2003 Volume 94) 
-   DNA Testing Is Changing Our Thinking About BSDog Coat Color Genetics - 
                              
   (May, 2005)  Mara Lee Jiles &  Libbye Miller DVM 
  http://luckyhit.net/coatcolo.htm 
-   http://homepage.usask.ca/~schmutz/agouti.html

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