Génétique

 Le Berger belge

De l'utilité des accouplements inter-variétés



par Jean-Marie Vanbutsele

DEUXIEME PARTIE

Chapitre 3 : Cas particuliers d’accouplements inter-variétés

Cas du « Poil court noir »

Chez le poil court noir dominant (K), les deux caractères principaux, poil court et couleur noire, étant dominants, peuvent donc toujours cacher du poil long ou la couleur fauve-charbonné sans qu'il soit facile de le déceler. Les combinaisons sont donc multiples et c'est très probablement un des motifs pour lesquels l'élevage du « poil court noir » n’a pas rencontré plus de succès. Chez le poil court récessif (aa), les combinaisons sont plus simples notamment avec le Malinois. En excommuniant, en 1973, la variété du poil court noir, n’a-t-on pas pêché contre la préservation de la variabilité génétique en ôtant la possibilité de s’adapter à une modification des objectifs de la race ?  Le poil court noir, allié au Malinois, n’aurait-il pas pu servir de chaînon intermédiaire pour transférer, par des retrempes bien réfléchies, des qualités au Groenendael en pleine perte de vitesse ?

Les accouplements avec le poil dur

Le poil dur diffère complètement des autres variétés tant par la couleur que par la nature du poil avec une absence presque complète de sous-poil. Le fauve (ou Laekenois), seule couleur encore admise depuis 1973, est d’un fauve qui n’a pas le même aspect que celui de nos Malinois et de nos Tervueren.  

A propos du poil dur, Ch. Huge nous livre, dans un article publié en mars 1920, de très intéressants commentaires que voici :  
 « En ce qui concerne le poil dur, la reproduction sera  d'autant plus facilitée si son croi- sement avec le poil court est admis.  En principe, on peut dire que cette texture de poil dur n'est pas fixe. Dès que les poil dur accouplés entre eux commencent  à donner du poil de barbet, c’est‑à‑dire quand la bourre s'allongeant par‑dessus le poil rude devient floue et forme comme un  duvet, il est temps de recourir au poil court et de préférence à un poil court provenant de deux poil dur, ou sinon d’un poil dur avec poil court, ou enfin d’un poil court ayant du poil gros.  
Mais il n'est pas recommandable de faire le croisement entre poil dur et poil long, le poil dur ayant toujours tendance à devenir trop long.  Celui du poil ras avec le poil long offre moins d'inconvénients, mais ceci n'est plus admis officiellement, afin de ne point reculer en produisant trop de poils mi-longs, ce qui exigerait à nouveau une sélection portant sur plusieurs générations (trois généralement avant de retrouver la famille pure dans l'un ou l'autre sens, suivant la théorie mendélienne) ».

En conséquence, si dans une portée de bons poil dur est né un chiot qui reste à poil court, ne le supprimez pas.  Ce poil court pourra le plus sûrement transmettre héréditairement le poil dur. Pour le poil dur, la garniture obligatoire du museau est une difficulté singulière.

Dans même la revue « Chasse et Pêche » du 17 septembre 1922, Charles Huge s’exprimait encore : « Quant à la question de texture de poil, il est un croisement qu’il faut éviter tant que c’est possible : c’est le mélange du poil long et du poil dur, car il vous fait perdre du temps, souvent trois générations, à cause de la moustache. Aussi il ne le faut pratiquer qu’en grande nécessité pour bénéficier d’un reproducteur tout à fait extraordinaire. Mais le poil court, quelle que soit la teinte, est nécessaire pour empêcher le rude de s’amollir et de devenir follet. J’ai toujours eu recours à la retrempe après trois ou quatre générations  car le poil dur n’est pas un poil fixe. Or, j’ai obtenu des chiens classiques, qui n’avaient pas besoin de trimage ; ceux qui ont eu de mes poils rudes ne me démentiront pas. Croyez-vous que cela ait nuit à l’une ou l’autre variété ? Au contraire. Cela est vrai aussi pour le poil long et son croisement  avec le poil court…

Demandez donc aux éleveurs de griffons bruxellois si le brabançon  n’est pas pour une grosse part dans leur réussite ? Et s’ils hésiteront à utiliser un noir, dit griffon belge, pour les chiennes à face pâle ? Mais s’il n’y avait pas dans les anciens chiens bergers belges des chiens noirs, les fauves n’auraient jamais possédé le masque noir, et si celui-ci manquait un jour, la retrempe serait tout indiquée ».

Cas d’inter-variété : poil long x poil dur

« Les rares expériences que j’ai vu dans ce genre, raconte Charles Huge, et celles résultant d’accouplements accidentels ont donné de très mauvais résultats (tels le poil très ondulé et le poil de chèvre) persistant après plusieurs générations. »

Après chacune des deux guerres, diverses mesures furent prises pour reconstituer le cheptel canin qui avait fort souffert surtout des réquisitions. Jamais on n’autorisa les accouplements poil long avec poil dur. Voici toutefois une expérience que le Docteur Y. Surget évoque à la page 158 de son ouvrage « Le Chien de Berger belge ».  
« En 1967, le Laekenois Charles Winston (importation hollandaise) est allié à une reproductrice d’élite Groenendael Ines du Parc de l’Haÿ pour donner le jour au seul sujet connu de cette alliance Quina-Quarteronne, une fort belle lice de bonne taille, paradoxalement à belle texture de fourrure et très typée, inscrite au Registre Initial en 1ère génération. »  

 

Sur la texture et la longueur des poils des autres sujets nés de cet accouplement, il y a absence totale d’information. Il en est de même pour les nichées engendrées par les deux ou trois descendantes connues. Quina-Quarteronne, espoir de la variété dans les années 70,  ne s’avèrera pas la fondatrice d‘une longue lignée de poil dur car après trois générations, il ne restait plus rien.  Certes les nombreux motifs invoqués par le Docteur Y. Surget sont exacts mais le fait qu’à la base le poil dur, comme l’a écrit à très juste titre Charles Huge, est un « poil combinatoire et instable » ne facilite nullement son élevage.

Voici un autre cas d’inter-variété Groenendael x Laekenois. Cet accouplement eut lieu fortuitement dans un élevage « toutes variétés » dans un continent situé aux antipodes  de notre pays. Cela s’est passé fin 2003 ou début 2004.  Outre 4 Laekenois  (poil dur fauve), la nichée comprenait également « un poil dur noir » ainsi qu’ « un poil court noir ». Cet accouplement confirme l’interaction de dominance du gène « poil dur » par rapport au gène « poil lisse (long ou court)». Mais la dominance d’un allèle sur un autre n’est pas toujours complète. C’est le cas dans cette nichée puisqu’il s’y trouve un poil court.     

Inutile de vous raconter que cette nichée occasionna une polémique entre éleveurs pour  l’octroi des pedigrees. N’est-il pas dommageable que d’authentiques Bergers Belges fassent l’objet de discrimination pour une question de couleurs appartenant au patrimoine génétique de notre race. A deux reprises, le poil court noir et le poil dur noir ont été bannis du périmètre des couleurs du Berger belge. La première exclusion eut lieu en 1898 lors de l’attribution d’une couleur spécifique pour chaque type de poil. Réhabilités en 1920, ils furent bannis en 1973 (circulaire F.C.I. 18/1973 du 21 juin 1973). Pourquoi cette suppression de la couleur noire pour le poil court et le poil dur. Certes, il est vrai que leur nombre était devenu fort restreint mais était-ce un argument valable et objectif ? A-t-on suffisamment tenu compte de tous les aspects génétiques ?  Puis-je rappeler ici une autre citation de Charles Huge : « En effet, d’où vient le charbonné chez le Malinois ou le Laekenois ? La tendance à pâlir a fait admettre que, dans les races à couleur variable, il faut conserver la variété noire comme base de retrempe du pigment sous peine de décoloration par dégénérescence. Il en est ainsi par exemple pour les Griffons belges (noir) et Bruxellois (fauve charbonné). »

Sur le plan historique, c’est méconnaître (ou enterrer) les décisions prises lors de l’importante assemblée consultative tenue en 1920 sur base des propositions émises par le « Royal Berger Belge Club » et de son Président Joseph De Mulder. (Rappelons que si aujourd’hui, le Laekenois et le Tervueren forment des variétés reconnues, c’est bien grâce à lui.) Les couleurs, appartenant génétiquement à la race, furent toutes réadmises. Avec Charles Huge, il oeuvra pour le retour du poil court noir. Demain, qui sait, il y aura bien un pays qui s’accaparera d’une partie de notre patrimoine. Réhabiliter le poil court noir, c’est bien plus simple à mettre en œuvre que la reconstitution du « Bouvier Ardennais » ou du « Mâtin de trait belge ». Avant la première guerre, ce dernier était un autre « monument » de la cynologie belge pour lequel le Professeur Ad. Reul élabora, en 1899, le standard de cette race et y consacra beaucoup de son temps et de son énergie.  

Chapitre 4 : Les croisements avec une autre race.

Nombreuses furent les tentatives de croiser le Berger allemand avec notre Malinois. Cela se passe encore de nos jours. Il y a quelques mois seulement, lors d’une de mes promenades quotidiennes avec Ucky, mon Malinois, j’aperçois dans une voiture un Malinois de bonne conformité. Le propriétaire s’avère être un agent de la police fédérale. J’engage la conversation et lui propose de me fournir à l’occasion  une copie du pedigree de son compagnon. Aimablement, il me répondit ne pas pouvoir me fournir ce document car son auxiliaire était le produit d’un croisement avec un Berger Allemand.  Ce chien avait tous les signes extérieurs d’un Malinois ce qui révèle, du moins pour ce cas particulier, une prédominance des caractères génétiques du Berger belge sur celui de son cousin lointain. Le policier me signala également être très satisfait des performances de son compagnon de travail.

Certes, à la première génération, l’union des propriétés héréditaires de deux individus de races différentes engendre souvent des sujets qui montrent des qualités supérieures à celles de leurs parents. C’est le phénomène de l’hétérosis ou de « vigueur hybride ». Mais l’hétérosis, fort en première génération, disparaît plus ou moins au cours des générations successives. C’est en partie le fait de l’application de la loi de disjonction des caractères de Mendel.  Voici le point de vue du Professeur B. Denis : «  Le déterminisme de l’hétérosis est complexe… Le seul point qui reste certain est que l’hétérosis est lié à la structure hétérozygote du génotype. Comme il est impossible de fixer l’hétérozygotie, il est impossible de fixer l’hétérosis dans le cadre d’un programme d’amélioration génétique de race pure. »

Dans le catalogue de l’exposition de 1921, le « Berger belge Club » jette un cri d’alarme, non pas avec l’intention de mettre un frein à l’engouement qui se manifeste pour le chien de berger allemand, mais bien pour mettre le public en garde contre une pratique détestable à laquelle se livraient à cet époque quelques individus peu scrupuleux en essayant d’obtenir par des croisements entre chiens de berger belges et de berger allemands une augmentation d’effectifs en chiots qui seraient ensuite jetés au prix forts sur les différents marchés. Le Berger Belge Club signale, avec une légère pointe d’amertume, que la race du berger allemand domine actuellement en Belgique, tout au moins par le nombre.

Intitulé « Croisements utiles et croisements dangereux » (paru le 17 septembre 1922 dans « Chasse et Pêche »),  Charles Huge  cria à son tour au danger de l’introduction du Berger allemand dans le sang de l’une ou l’autre variété de notre  Berger. Voici ce passage toujours  d’actualité :
«  Et cependant, à tout point de vue , il (le Berger allemand) a des caractéristiques très éloignées, bien plus éloignées que ne l’indiquent les standards. Je dirai qu’il est l’antithèse de notre chien. Là est le grand danger que nous avons toujours signalé, et le danger est très sérieux à cause de la vogue insensée autant que regrettable  de ce chien dans notre pays. Dans le but de parer à la concurrence sur le marché, d’aucuns ne démordent pas de l’idée d’accroître la taille de nos bergers divers. C’est un tort, à mon avis, car ce n’est pas dans le cadre de leurs aptitudes, ce n’est pas dans l’origine non plus. Je hais les nains dans toutes les races comme un signe de dégénérescence, mais l’éleveur ne doit jamais perdre de vue que le gigantisme est encore plus près du rachitisme et amène l’avachissement  et le lymphatisme lorsqu’il est poussé au-dessus des limites caractéristiques d’une espèce déterminée. Et quelle est cette limite ? Il faut s’arrêter aussitôt que la vigueur, l’activité, l’endurance et l’énergie spécifique d’une race n’accompagnent plus l’accroissement de la taille. Or, il ne viendra à l’idée d’aucun éleveur de comparer la mobilité, l’activité, la nervosité du berger allemand ou alsacien à celle de nos variétés belges. C’est comme si l’on voulait établir le parallèle entre un veau et un chevreau. Or, cette belle endurance, ce déplacement gracieux et léger, cette attentivité active et toujours en éveil de notre chien, qui forment autant, si pas plus, que les formes déterminées par les standards, l’apanage de tous nos bergers belges, les trouve-t-on chez le colossal chien de nos voisins ? Et c’est tout cet héritage séculaire et unique que nous perdrions par ce stupide accouplement ! Et c’est pour cela que je crie « Garde à vous ! » aux juges de nos races, et c’est là que s’impose un « caveant consules »  aux fabricants ou manipulateurs de standards. Attention à la taille ! Ne vous laissez pas séduire : gare aux caractéristiques remarquables de vitalité vibrante que le facies et les oreilles étroites, mobiles, pointées avec une tension où vibre toute la vitalité de nos chiens belges. Tout cela est autrement important que les masques et les variétés de certaines autres couleurs qui ont toujours existé et que la fantaisie a voulu un jour supprimer au profit d’une seule. »

Voici, à titre de preuve, quelques exemples de petites annonces symptomatiques  parues au cours des années 1920, 1921 ou 1922 :
 - « Malinois – Offres : Berger malinois 15 mois, provenant croisement malinois et berger allemand , garde terrible – Georges Puttemans, garde-chasse, Dilbeek » ;
 - « Bergers – Offres : Très beau berger 1 an, entièrement bleu, 60cm. ; au garrot, provenant de croisement berger d’Alsace et en partie dressé, très propre en maison, 150 fr. – 10, rue de l’Eglise, Leignon. »
- « Groenendaels – Offres : A vendre ou à échanger contre bon chien de garde n’importe quelle race, beau grand chien noir croisement groenendael et lévrier, prenant lièvre à la course. – A. De Smeth, Rosières-Saint-André. »

Avant la première guerre, il a été de mode parmi les éleveurs de Groenendael d’éliminer tout ce qui était porteur des ancestrales marques blanches, et Dieu sait combien de bons sujets ont été dédaignés et rejetés de l’élevage à la suite d’un ostracisme inconsidéré. Sans compter que, pour obtenir ce noir parfait, certains des amateurs eurent recours à des croisements avec d’autres races (Retrievers, Terre-Neuve). (Chasse et Pêche 1938).   
« Entre temps, la guerre est survenue : elle a eu comme résultat que, pour parer au déficit en reproducteurs, les dirigeants de l’élevage se sont montrés moins intransigeants que par le passé et ont fini par réadmettre le blanc au poitrail et aux pattes. ( G.O.  – Chasse et Pêche. du 10 août 1924). »

Dans la revue « L’Eleveur belge » des années 1913 et 1914, nous retrouvons également quelques débuts de preuves concernant des croisements avec d’autres races. Voici un  extrait prélevé dans un rapport consacré à l’explication de différents points du standard : « La queue mal portée est un défaut que de tout temps nous avons cherché à combattre sans grand succès, malheureusement. Il est à remarquer que ce défaut est beaucoup plus accentué chez les groenendaels que chez les sujets des autres variétés. A quoi cela tient-il ? Serait-il vrai, comme certains le prétendent et feu O. Reumon en était, qu’au début de l’élevage, certains éleveurs,  pour obtenir des chiens noirs, n’ont pas hésité à y introduire des loulous de Poméranie noirs ». 
Parmi le spitz allemand ou loulou de Poméranie, on distinguait le spitz de robe noire (d’un noir jais zain) mesurant 40 cm minimum, aux petites oreilles triangulaires et bien dressées. Décédé en 1912 et Président de novembre 1908 à août 1912 du « Club du Chien de Berger Belge », O. Reumon fut un des premiers amateurs et affectionnait particulièrement de juger les Groenendael. 

Publiant en  juillet 1913 un « projet » de standard élaboré par la « Société du Chien de Berger de Tervueren » (dont la  présidence  était  occupée  par  Ch. Danhieux), la rubrique « cassure » était complétée par la remarque suivante : «  … ,afin d’éviter que les sujets possédant du sang de collie, où l’absence de cassure est désirable, s’introduisent dans l’élevage. » Ce signalement n’apparaît plus dans le texte du standard définitif publié quelques mois plus tard.

Le Docteur Vétérinaire Yves Surget signale dans son ouvrage « Le Chien de Berger Belge », publié en 1994, le cas de l’élevage « du Mont-Sara ». Ce sont des mots accablants. 
« Le Mont-Sara est à la recherche de la fourrure du fait d'un chep­tel général de l'époque à poil de longueur moyenne. Mais ce que l'Infernal essaie et parvient à résoudre par la sélection, tout en haussant les tailles de ce même cheptel, le Mont-Sara l'obtient par artifice. Il semble indubitable que du sang colley ait été intro­duit dans le but de donner de l'abondance à la fourrure des chiens. Cette introduction qu'il a fallu absorber peu à peu explique le type déviant que présentent rapidement les sujets produits dont l'opulence de fourrure devient indéniable en même temps que la taille augmente. Une telle attitude suppose l'élimination de nombreux chiots hors normes qui n'est envisageable qu'au sein d'une production suffisamment nombreuse pour demeurer présente sur les rings. Bien plus tard l'influence de cet apport de sang étranger aura d'autres conséquences qui sont, chez les Tervuerens descendants de ces chiens, les masques « inversés », c'est à dire les faces dépourvues de masque noir et, à l'inverse, de teinte claire telles qu'on en a vu d'abondantes dans les années 1970 et telles qu'il en existe encore parfois chez des issus de certaines familles de Groenendaëls. »

Tout croisement avec une autre race est à bannir, car c’est aller tout droit à la casse et aux dégâts. Outre les aspects morphologiques ou la structure anatomique, ce genre d’opération entraîne toujours une perte de caractère. L’exemple souvent cité est celui de l’introduction du sang de lévrier Barzoï chez le Scottish Collie à poil long. Ou du sang de Greyhound chez le Dobermann. A contrario, si les caractères généraux de la race pour les variétés à poil long, à poil court ou à poil dur sont identiques, l’accouplement inter-variété est tout indiqué lorsqu’il s’agit d’améliorations des aptitudes au travail ou de la structure anatomique, bien plus difficiles à réunir que la texture  et la couleur du poil. Les exemples de réussite d’accouplements inter-variété dans d’autres races nous le confirment.

Que le Berger Hollandais fasse appel à nos variétés pour améliorer leur cheptel bien plus restreint que le nôtre doit être considéré comme un mariage inter-variété et certes pas comme un croisement intra-race. En effet, l’origine historique et le patrimoine génétique sont communs. N’ayant pas un nom de famille, le Griffon Bruxellois (poil dur fauve), le Griffon Belge (poil dur noir) et le Petit Brabançon (poil court fauve) sont enregistrés chacun sous un standard distinct (portant les numéros 80, 81 et 82). Est-ce logique ? Les caractères généraux ou morphologiques sont identiques et ils ne différent, à l’image du Berger belge, que par des différenciations bien fixées au niveau de la nature et de la couleur du poil. Dès lors, il s’agit bien de variétés d’une même race. Le nom de « Petits Belges » ne pourrait-il pas servir de patronyme commun pour corriger une classification non conforme aux notions de race ou de variété ?


Chapitre 5 : De l’utilité des accouplements inter-variétés

Préconisant les races pures avec interdiction de tout croisement, le Kennel Club anglais, sans étude préalable sur les aspects et les conséquences génétiques en la matière, mis, en juin 1991, les deux clubs anglais du Berger belge en demeure d’opter          

  • soit pour la transformation des variétés en quatre races distinctes avec, en corollaire,          une interdiction des accouplements inter-variétés 

  • soit pour une race unique sans variétés avec, en corollaire, une liberté totale des               accouplements.

Malgré la décision prise par une très large majorité des membres des deux clubs en faveur de la première option, le Kennel Club décida d’opter, en novembre 1991, pour la seconde alternative, celle de la race unique. La décision du Kennel Club s’appuyait notamment sur un avis très succinct du Dr. B. Willis, généticien, qui abondait  dans le sens de la suppression des variétés  et qui qualifia au passage notre race de : « the mockery of the concept of breed ». Derrière cette critique, Willis cache, à l’évidence, la faiblesse de ses connaissances de notre race et surtout l’ignorance de la problématique spécifique de l’inter-variété.   

Malgré un dossier solidement argumenté et complété de nombreuses missives de soutien en provenance des autorités et personnalités canines tant belges que d’autres pays, remis en avril 1992, les autorités canines anglaises ne revinrent pas sur leur décision. Elle fut mis en application à partir du 1 janvier 1994.

Un des éléments du dossier était la mise en garde du Professeur R. Hanset de la Faculté de Médecine Vétérinaire (Chaire de Génétique) de  l’Université de Liège (lettre du 12 février 1992). Celui-ci affirma qu ‘ « en prenant en considération les loci indépendants (Agouti, L et Wh  ) avec dominance et récessivité, les mariages au hasard des quatre variétés (en fréquences égales : ¼) feraient apparaître à l’équilibre panmictique plus de 40% d’individus « hors type ». Ce pourcentage, ajouta-t-il, augmente encore si l’on tient compte des nombreux gènes modificateurs engendrant des dominances intermédiaires.

Tel était l’avis du Professeur R. Hanset : «  La situation qui prévaut actuellement au sein de la race du chien de Berger Belge avec ses quatre variétés et intermariages occasionnels rappelle à maints égards le schéma considéré comme idéal pour l’amélioration rapide d’une race prise dans son ensemble et qui consiste dans sa subdivision en de nombreux sous-groupes partiellement isolés au sein desquels se pratiquent linebreeding et sélection, des croisements intervenant occasionnellement  soit entre les meilleurs groupes pour éviter la consanguinité soit pour améliorer les groupes les moins bons par introduction de mâles provenant des meilleurs. »

La fusion des quatre variétés engendra, sur plusieurs plans, des effets dramatiques et dévastateurs sur l’élevage. Le nombre de nichées déclina d’années en années. Ainsi, à titre d’exemple, en 1994, 41 nichées de Groenendael furent enregistrées, mais en 1999 le nombre tomba à 19 seulement. Toutes les conséquences ont été analysées par Margy Pratten, Secrétaire du « Belgian Shepherd Dog Association (GB), qui publia dans le « Year Book 2000 », un excellent rapport sur la question et qui s’intitule : « The complications of the BSD classification in the UK. What is the problem ? ». Elle explique aussi comment le Kennel Club, empêtré par des décisions contradictoires, a été amené à revoir sa position. A partir de janvier 2000, ce fut le retour aux quatre variétés avec « cross-registration » des chiots mais avec totale interdiction des mariages inter-variétés.

Suite à une récente demande d’autorisation d’accouplement Laekenois-Malinois, le Kennel Club a octroyé son accord accompagné des mesures d’application suivantes : 

  • tous les chiots de la nichée seront enregistrés comme Laekenois avec trois étoiles (***)      sur le pedigree ;

  • chaque Laekenois à (***) (première génération) ne pourra être accouplé qu’avec un             Laekenois pur et les produits obtiendront un pedigree avec deux étoiles (**) ;

  • chaque Laekenois avec (**) (deuxième génération) devra à son tour être accouplé avec       un Laekenois pur et les produits obtiendront un pedigree avec une étoile (*) ;

  • chaque Laekenois avec (*) (troisième génération) devra à son tour être accouplé avec         un Laekenois pur et les produits obtiendront un pedigree avec statut normal;

Comme corollaire, tout chiot issu de parents portant « chacun » une ou plusieurs étoiles ne pourra faire l’objet d’un enregistrement. L’accord ne concerne, pour le moment, que cette seule demande. Non seulement en phase avec la génétique, cette proposition constructive, évitant l’utilisation de divers registres d’inscription, permet d’établir des pedigrees complets et transparents pour l’éleveur et le généalogiste.  

Les arguments pour justifier l’interdiction de l’accouplement inter-variétés ne manquent pas. Au niveau de la texture du pelage, mélanger poil long, poil court, poil dur donne une assez grande variété de patrons à cause des phénomènes de dominance incomplète. Au niveau des couleurs on peut également trouver des arguments. Les hétérozygotes étant souvent moins beaux que les homozygotes, les éleveurs, au nom de la qualité, ont intérêt à sélectionner les variétés pour elles-mêmes et à ne pas les accoupler entre elles. Cela conduit à l’isolement génétique et à la différenciation morphologique et/ou caractérielles (travail d’un côté, compagnie de l’autre par exemple). Il convient toutefois de ne surtout pas en faire une règle absolue et il est même nécessaire que les variétés se mélangent de temps à autre pour éviter une trop grande dérive par rapport à la moyenne de la race.

Se pose alors la question de savoir quelle est la place des variétés dans la gestion génétique d’une race ? La sélection doit préserver une variabilité génétique intra-race suffisante. Les raisons qui militent en faveur d’une variabilité génétique suffisante au sein du Berger belge sont multiples. Il faut conserver au Berger belge de bonnes qualités d’élevage (fertilité, robustesse, etc.). Bon nombre d’anomalies étant récessives, la réduction de la variabilité génétique accroît la fréquence de leur apparition. Il faut conserver au Berger belge une certaine homogénéité entre les différentes variétés en  évitant les différences morphologiques et caractérielles trop marquantes. La sélection à outrance dans une sphère aussi restreinte que la couleur stricte et la texture absolue du poil est un obstacle infranchissable pour une variété peu répandue comme le poil dur.  

Début 1963, la F.C .I. décréta de ne plus accorder qu’un seul C.A.C.I.B. dans les races pour lesquelles l’accouplement entre variétés est permis. Feront exception, les races chez lesquelles l’accouplement entre variétés est soumis à l’approbation préalable d’une commission d’élevage, reconnue par l’organisme dirigeant de chaque pays assurant la liaison entre les clubs et la F.C .I. Pour le chien de berger belge, une première commission  est mise en place. Cette mission est confiée à trois juges (MM. Chastel, Martinage et Verbanck) de chiens de berger belges ne participant pas ou ne participant plus à l’élevage de cette race et ayant fourni la preuve d’une grande expérience dans l’élevage canin.  Aujourd’hui, pour être compétente vu la multitude et la complexité des connaissances, une commission d’élevage, outre des juges de « beauté » et de « travail », devrait être pluridisciplinaire (vétérinaire, généticien, historien, etc.). 

Conclusion  

L’histoire nous enseigne que le Berger belge est la réunion de plusieurs variétés au sein d’une seule et même race. Pour que le phénotype et le génotype restent les mêmes entre les variétés, nous devons effectuer des accouplements inter-variétés. L’absence de ces accouplements éloignerait les variétés les unes des autres avec le risque évident de façonner des sujets de types très différents pouvant entraîner à terme des caractères tellement distincts qu’il ne s’agira plus de variétés différenciées uniquement par la nature du poil.  Pour ne pas s’engager dans cette voie, la seule issue est la retrempe par des accouplements inter-variétés, dont le poil court sera le grand facteur et le pivot.

 poil dur   >>>>>>   poil court    <<<<<<   poil long

Terminons cette étude en laissant, si je puis dire, le mot de la fin à F.E. Verbanck. Dans un article intitulé "Plusieurs variétés, mais UNE SEULE RACE", (paru en janvier 1962 dans la revue du « Royal Saint-Hubert Club de Belgique », il résume avec des mots appropriés le cadre précis dans laquelle devrait se situer toute opération d’accouplement inter-variété :
" Les accouplements entre les différentes variétés doivent être des tentatives mûrement réfléchies, faites dans un but bien déterminé, et en prévoyant qu'il s'agira d'entreprises de longue haleine, dont les résultats positifs ne pourront être obtenus qu'après plusieurs générations. Notre opinion n'a pas varié, au contraire, les accouplements entre variétés différentes, réalisés par des éleveurs sérieux, en ont démontré le bien fondé. Chaque fois que dans l'une ou l'autre des variétés de nos chiens de berger belges une retrempe s'avère utile, c'est uniquement dans les autres variétés, que nous devons en trouver les éléments ».

Novembre 2007

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