Belgian Dogs  &  Malinois Worldwide

L'Historique des Standards et des Variétiés 

du Chien de Berger Belge



2. Sélection d'une couleur spécifique par type de poil en 1898 et 1899.  

Le 12 mars 1898, à l'occasion de l'exposition du Schipperkes  Club, le public verra pour la première fois des classes de chiens de berger belges noirs long poil exposés séparément, dégagés des autres bergers poil long, mais, de toutes couleurs. Le club leur donnera le nom de "Groenendael".  Ce n'est qu'à partir de la mi-1909 que les noms de "Groenendael" et "Malinois" seront utilisés dans un catalogue officiel.  Le groupe des chiens noirs de Groenendael a fait un effet théâtral sur les bancs de l'exposition. Chiens et chiennes ont frappé les spectateurs par leur air de famille et leur cachet d'uniformité. Avoir formé un groupe de couleur homogène, tel que le préconisa M. L. Vander Snickt, s'avéra une formule à succès dont le principe conduira le club à s'engager dans la voie de la sélection d'une couleur spécifique par type de poil.  Par contre, chez les poils longs autres que noirs, l'appréciation faite par le Professeur Ad. Reul n'était pas flatteuse et il s'expliqua en ces termes : "Cette classe est aussi défectueuse que nombreuse".

Avant 1898, le club commença à patauger, à manquer d'orientations et traversa une période de crise.  Voici l'avis du Professeur Ad. Reul, parue dans "Chasse et Pêche" du 28 avril 1901, à l'occasion de l'exposition spéciale du 21 avril à 1901, dont les premiers prix furent remportés par le poil long noir DAX (petit‑fils de  PICARD D'UCCLE et PETITE) et PEK ZWET (étalon de valeur), et BARONNE, des poils court TJOP, VOS (père de DEWET) et CORA I, des poils dur BAZOEF, RITA et MIRA, et organisée en commémoration du 10ème anniversaire de la fondation du Club du Chien de Berger Belge :

"La cause principale de l'inanité de ces efforts était cependant facile à saisir; à chaque exposition  descendait du ciel un nouveau juge, armé de pleins  pouvoirs, le précédent ayant cessé de plaire, car on  était vite usé et démonétisé au club.  C'était à décourager les exposants les plus tenaces et rendre  fous les éleveurs les mieux trempés.  Car au sein du  bureau, les démissions succédaient aux démissions et  je fus du nombre des partants.  Bref, on finit par où l'on aurait du commencer : on désigna un juge unique, choisi en dehors du club; on lui laissa pleins pouvoirs et la faculté de classer les chiens exposés durant un nombre d'années suffisant pour en fixer incontestablement les types.  J'eus l'honneur de remplir ce rôle ingrat et de juger les chiens d'après une ligne de conduite "ne varietur" et tracée d'avance par la connaissance et le respect des points du standard".

Pendant les années 1898, 1899 et 1900, le Professeur Ad. Reul officiera comme juge unique pour les bergers belges.  Véritables petits chefs-d'oeuvre, ses commentaires dénotaient un réel talent d'écrivain, au style descriptif.

Tout en sachant que le Professeur Ad. Reul était un partisan  acharné de l'élevage consanguin, il poursuit en ces termes :

             "Les progrès réalisés dans ces dernières années sont vraiment extraordinaires.  Ainsi l'exposition de  dimanche a eu un succès tel que l'on regrettait de ne pas lui trouver de lendemain pour revoir et  admirer encore, dans l'éclat de leur splendeur, les groupes exposés aux caractères si saillants et si nettement répartis en trois classes : poil court fauve charbonné, poil long noir, poil dur gris cendré... Mais nous n'en serions pas là en si peu de temps si nous n'avions pas mis en pratique la sélection consanguine, si les éleveurs avaient craint de baser leurs opérations sur l'inceste.  Profondément immoral en anthropologie, le "breading in and in" entre consanguins physiquement sains et bien doués au moral, donne les résultats les plus  remarquables en zootechnie, ..."

Chien plébéien au rude métier de prolétaire de par son origine face aux aristocratiques Collies, Barzoi et autres chiens de chasse, il faudra plusieurs années au chien de berger belge pour conquérir ses lettres de noblesse.  Ce n'est qu'après un stage relativement long, plus précisément en 1901, que les premiers chiens de berger belges seront repris dans le Livre des Origines de Saint‑Hubert (L.O.S.H.). Le premier inscrit, sous le numéro de matricule 5847, est VOS, poil court fauve charbonné sous masque noir, né en 1897, et appartenant à Melle J. Van Haesendonck, 33, rue de l'Aigle à Anvers.  VOS est le père de DEWET un des piliers du Malinois.

Dans une séance à la mi-1898 du Club du Chien de Berger Belge  (parue dans "Chasse et Pêche" n°46 du 14 août 1898), il est donné lecture d'une lettre du secrétaire général de la Société Royale Saint-Hubert, M. V. Du Pré, dans laquelle il préconise le classement des chiens de berger belges en 3 poils de texture et de couleurs déterminées.

Le médecin vétérinaire Van Hertsen, membre du club et conférencier du jour, affirme qu'il y a longtemps que le ton de chaque robe aurait dû être fixé.  Toutes les races d'animaux ont leur couleur propre; les chiens de berger ne doivent pas faire exception, enchaîne-t-il.  La philosophie de cet orateur peut se résumer ainsi : "Le noir est l'indice de la force et de l'intelligence.  Le pâle trahit la dégénérescence".

A la fin de la conférence, plusieurs membres s'adressent à M. Van Hertsen, et lui demandent quelle est la couleur préconisée.  Celui-ci répond que s'il n'a pas parlé de couleur définie, c'est avec intention. La question n'est pas suffisamment étudiée.  Nous discuterons les détails après nous être mis d'accord sur le principe des couleurs.  Il est entendu que les chiens de berger belges sont divisés en trois catégories selon la longueur et la texture du poil.  Faut-il aussi qu'il soit attribué une couleur caractéristique à chacune de ces divisions ? Admettons-nous le principe de la couleur ? Le Président, M. Libens, met la question aux voix et il est répondu "oui" l'unanimité.

On décide d'attribuer en 1898, pour le poil dur, et en 1899, pour le poil court et long, une couleur spécifique, à savoir :

 a) le noir pour le poil long.

Le succès obtenu lors de l'exposition du 12 mars 1898 par les  Groenendael face aux autres poils longs pour lesquels  l'appréciation très négative du juge, le Professeur Ad. Reul,  doit, sans nul doute, être prise en considération.

 b) Le fauve charbonné sous masque noir pour le poil court.

Comme à ce moment un très joli chien, TOMY, à la conformation idéale, dépassait de loin tous  ses concurrents (il obtient notamment le 1er prix à Cureghem en 1894), ce fut sa robe d'un bon fauve qui fut adoptée comme la couleur type de la variété.  La règle rigoureusement appliquée de s'en tenir une seule couleur a contribué énormément à imprégner chez les bergers à poil court la teinte choisie.



TOMY, poil court appartenant à H. Segers

Voici les propos tenus par M. Cotte dans un article paru dans "La Chasse Moderne" en 1913 :

      "On ne tarda pas à s'apercevoir qu'il y avait une majorité de chiens à poil court ayant presque tous une couleur à tonalité rousse et une minorité de chiens bringés. Dans l'impossibilité où l'on était de se mettre d'accord sur la désignation de la couleur à tons roux, me dit M. G. Drabs, le professeur Ad. Reul fut chargé par le C.C.B.B. d'étudier cette question. M. Reul s'arrêta à cette définition :  "à poil court fauve charbonné" (à masque noir, "cap de maure" autant que possible)." 

c) Le gris cendré foncé pour le poil dur.

Les chiens du berger J.-B. Jansen de Laeken qui possédait un lot de "poil dur fauve" très caractéristique et bien homogène furent rejetés.  On préfera la couleur gris cendré foncé des deux seuls exemplaires connus à cette époque appartenant à M.  A. Claessens.


BOER SUS (né le 21 mai 1901)  &  TONY (né le 20 mars 1906)
appartenant à Jules Hautot (Bruxelles)

Ce choix se révèlera être une erreur du Professeur Ad. Reul. N'a-t-il pas été influencé par les propriétaires des gris cendré foncé, membres actifs du Club du Chien de Berger Belge alors que le berger J.-B. Jansen ne parlait et ne comprenait que le flamand ?

Pourquoi a-t-on écarté les autres couleurs de robe ? Pourquoi  a-t-on rebuté les bringés et les fauves pâles, couleur isabelle, le poil court noir ? Beaucoup de bons chiens dont la couleur de la fourrure ne répondait pas au nouveau standard se firent évincer des expositions et provoqua des mécontentements dont des effets se répercutent encore de nos jours.  On répudia un nombre de bons reproducteurs d'autres couleurs, notamment les bringés ainsi qu'en témoigne la première exposition internationale de chiens des 22, 23 et 24 avril 1899  organisée par le Kynos Club liégeois et jugée par le Professeur Ad. Reul, juge unique à l'époque.  Le premier prix, dans la classe ouverte pour les chiens et chiennes à poil court, fut attribué à FOX, un bringé  appartenant à M. A. Braconnier.  Le deuxième prix fut remporté par MALITOU un poil court noir avec tache blanche à la poitrine.

Les poils longs étaient divisés en deux classes, les noirs et les autres que noirs.  Dans cette dernière classe, DUC, bringé obtient un deuxième prix.

Quant aux poils durs, le premier prix fut décerné à BASOEF, gris-cendré, les fauves ayant été évincés depuis la mi-1898. Pourquoi une seule couleur par texture de poil ? Non parce  qu'elle valait seule, mais parce qu'elle avait réuni un plus  grand nombre d'adeptes et parce qu'elle offrait un moyen de  donner plus d'homogénéité aux classes en exposition.

Voici ce qu'écrivit en 1938, M. F.E. Verbanck : 

             "Etait-ce un mal ou un bien que d'édicter pareille mesure ? Il est évident que cette limitation sévère  à une seule couleur par variété a mis nos anciens  éleveurs dans l'obligation de pratiquer la  consanguinité.  Ceci a certainement présenté des  avantages, car l'anoblissement des lignes de notre  berger fut rapide.  Malheureusement cette mesure  édifiait notre élevage sur des bases très étroites.  N'aurait-il pas été préférable pour l'avenir de nos  poil-long de laisser coexister, à côté des  Groenendaels noirs, les poil-long gris ?  Personnellement, je regrette la disparition du fauve-pâle campinois (type FRAM à M. Huyghebaert), des gris-clair cap de more et oreilles de velours noir comme il s'en trouvait dans les nichées de FRAM du Bois de la Deule, puis des gris-bringé foncé, plus lourds de structure que j'ai rencontrés chez les bergers des environs de Gand, où des poil-court noir se trouvaient également.

              Le choix de la couleur unique pour les poil-dur était encore le moins heureux de tous, car les "poivre et sel" étaient des exceptions et, malgré l'exclusive du club, les "fauves" formaient la  majorité dans cette variété de pelage".

 


  3. Les victimes fondent le BERGER BELGE CLUB en 1898.


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