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Visitant l’exposition du peintre animalier, A. Clarys, au Cercle
Artistique, je suis tombé, tel un bon limier, en arrêt devant un
tableau où le maître avait groupé quatre têtes de chien de berger de
Tervueren (à poil long fauve charbonné). Cette oeuvre, d'une puissance
magistrale, me remet en mémoire une polémique qui fit couler des flots
d'encre, et où les Demulder, Tenret, Solon, Danhieux s'escrimaient, à
qui mieux mieux, pour prouver que le fauve à poil long charbonné était
de Forest ou de Tervueren. Ce
furent les derniers qui l'emportèrent, car de nos jours on ne désigne
plus autrement cette variété que sous le suffixe de « Tervueren ».
Suivant cette polémique
de loin, en simple spectateur, il me revient aujourd'hui à l'esprit les
nombreuses attestations que firent valoir l'un et l'autre des amateurs
en cause pour faire accepter sa thèse. Le
fauve de Tervueren est-il réellement originaire de cette contrée? Affirmer
ou contredire la chose serait aussi téméraire que de prétendre que
la lune se trouve suspendue dans l'azur à portée de fusil. Si l'on est
arrivé à les classer sous cette désignation, c'est que le mouvement
de réaction est venu de cette commune et que d'autre part, ce fut également
le berceau de presque tous les bons fauves qui existent de nos jours. A
ce propos, il suffit de jeter un coup d'oeil rétrospectif sur la généalogie
de ceux-ci pour être convaincus qu'ils descendent en majeure partie des
Bibi, Milsard qui furent les grands-pères et arrière-grands-pères des
champions actuels. Qu'il
y ait eu des fauves à Forest, qu'il y en ait eu, même dans le Borinage,
tout autant que dans le pays de Herve, nous n'en doutons nullement, et
la preuve en est qu'aux premiers concours de chiens de berger sur
mouton, qui se tinrent il y a trente ans environ, plusieurs éleveurs y
présentèrent des sujets, dont MM. De Mulder, de Forest, et Danhieux,
de Tervueren. Ce n'est pas là une raison pour que les fauves soient
originaires de l'un ou de l'autre de ces villages.
Pourquoi de Tervueren alors ?
A cela nous répondrons : pourquoi de Groenendael pour la
variété noire, et de Malines pour celle à poil court fauve charbonné
? Autant
pour l'une que pour l'autre, parce qu'un éleveur, puis un groupe d'éleveurs
d'un même endroit se sont réunis et pour mieux désigner leur variété
préférée lui ont donné comme suffixe le nom de leur commune.
Nous
ne nous occuperons pour le moment que du fauve à poil long et donnerons,
dans leur ordre, les faits historiques tels qu'ils nous ont été racontés
par un éleveur que nous pouvons considérer comme le rénovateur des «
Tervueren ». M.
Félix Corbeel, brasseur, à Tervueren, avait un frère établi à
Bruxelles et s'occupant égaiement de brasserie. Celui-ci possédait un
chien fauve charbonné à poil long, répondant au nom de Tom, qui avait
la réputation d'être une bête d'une férocité peu ordinaire.
Le brasseur tervurois, étant célibataire à cette époque,
et devant pour tes besoins de son commerce laisser fréquemment son
habitation à la garde de sa servante, pria son frère de lui confier
son chien qui d'ailleurs, dans le quartier de la rue des Fabriques,
avait fait parler de lui par la solidité de ses crocs.
M.
Corbeel eut la bonne fortune de pouvoir emmener Tom, séance tenante, et
de l'installer chez lui où il semait la peur, même parmi les gens de
la maison. Il joignait à ses qualités d'excellent gardien, celle de
tracteur de première force, et était doué d'un grand courage. Bon
nombre de personnes se souviennent fort bien de ce beau chien fauve, qui
tirait la charrette à bras dans la journée et faisait, le soir, la
terreur des gens attardés, longeant les murs de la brasserie ou passant
trop près de la porte.
M. Corbeel obtint une bonne nichée de son chien Tom avec
une chienne également fauve, Mouche, et il fit cadeau à M. Danhieux de
deux de ceux-ci qui, donnèrent, par la suite, bon nombre de jeunes dont
les célèbres Milsart, Bibi, etc., et leurs descendants se firent
remarquer jusque dans ces derniers temps par la pureté de leur type, la
richesse de couleur et l'activité d'action propres à la variété de
Tervueren.
Ceci se passait pendant les années de 1887 à 1890 et,
depuis lors, l'élevage du fauve à poil long se continua dans la contrée
avec un véritable enthousiasme. A certain moment, M. Danhieux éleva
pendant une saison seize chiens, dont la majorité fut vendue à des
amateurs des quatre points cardinaux du pays.
II n'y a donc pas de raison de dénier le nom du Tervueren
à cette variété, puisque l'état civil est là pour prouver que sa rénovation
provient de cet endroit.
Cette dénomination ayant pris racine, il sera difficile
de la supprimer, et cependant, dans l'intérêt général de notre élevage
national, il serait utile de voir les groenendael, les malinois, les
tervueren, les laekenois et autres chiens de berger reconnus comme
belges, groupés sous la même enseigne : bergers belges, et classés
par catégories : noirs. fauves à poil court, fauves à poil long,
fauves à poil dur, gris cendré, etc., etc.
Dans toutes ces variétés on retrouve les mêmes caractéristiques
et qualités plus ou moins affaiblies selon que l'on a élevé pour la
fancy ou la pratique: mais on peut être certain, qu'au fond, ils possèdent
tous les mêmes avantages de rusticité que l'on voit réapparaître dès
que l'on oriente la sélection vers l'adaptation au travail.
Le terme de Tervueren est donc de pure convenance. Si les
éleveurs de Forest s'étaient mis à la besogne et avaient lancé sur
le marché un chien fauve à poil long en assez grande quantité pour déborder
la productlon de Tervueren, il est plus que probable et même certain
que l'on se serait habitué à les désigner sous le suffixe de
Forest.
Qu'ils soient de Schaerbeek ou de Molenbeek, peu importe;
ce qu'il est essentiel de constater, c'est la beauté, dans toute
l'acception du terme, de cette variété qui a réuni un nombre considérable
d'éleveurs et a acquis une place prépondérante dans notre élevage.
Vous avons eu la bonne fortune de pouvoir reproduire le
tableau du maître A. Clarvs, dont nous parlons plus haut, et sommes
heureux de féliciter le propriétaire de ces beaux chiens, M. A. Smedts,
qui, avec Carlo de Livourne et Nora de Caroline, a remporté de
nombreux certificats de championnat et mis ainsi en relief, dans nos
expositions, la beauté de notre variété de Tervueren.
A.V.
( Extrait de la revue « La Chasse Moderne » de 1913/1914)
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