History

Le Laekenois -  Un peu d'histoire



VOS de Laeken, poil dur fauve, appartenait au berger J.-B. Jansen, domicilié à Laeken ; celui-ci l'avait acheté à un marchand de bétail originaire de la région de Boom, dans la province d'Anvers. Ces chiens étaient utilisés par les blanchisseries pour la surveillance contre le vol, à l'exté­rieur dans les prairies, des tissus soumis au blanchiment, parce qu'ils étaient connus comme "chiens mordants". VOS mourut en 1897, âgé d'une douzaine d'années.

 

Dans "Chasse et Pêche" du 25 octobre 1896, on peut lire :

"Mr Jansen, berger, est un éleveur de longue date, auquel la bonne fortune a toujours souri. Il reproduit avec POETS, MOOR et LISKE trois chiennes appartenant à une souche très ancienne et présentant toutes trois des qualités supé­rieures. Chez lui, les surprises de l'atavisme sont inconnues et on est réellement confondu devant cet air de famille dont sont empreints les nombreux sujets sortis de son chenil. Leurs grands yeux jaune d'or ou brun marron et surtout le port de l'oreille, tout à fait caractéristique, suffiraient pour les faire reconnaître. C'est bien chez eux qu'on trouve l'oreille droite, triangulaire, haut placée, ouverte en avant, si recherchée par les amateurs."

 

Dans la descendance masculine de VOS et LISKE, nous trouvons TOM, poil dur fauve.  Avec la femelle MIRA de couleur gris-cendrée (née le 5/1/1895 et appartenant à A. CLAESSENS, tenancier du café bruxellois "Le Messager de Louvain") il a engendré BAZOEF (né le 18/4/1897).

 

En 1898, le « Club du chien de berger belge » s’engage dans la voie de l’homogénéité par la sélection d’une couleur spécifique par type de poil. La couleur noire est choisie pour le poil long (appelé plus tard Groenendael) et le fauve charbonné sous masque noir pour le poil court (appelé plus tard Malinois).  Pour le  poil dur c’est le «  gris cendré foncé » qui est préféré au détriment  du poil dur fauve.

 

Pourtant BAZOEF et MIRA et leurs descendants BOER SUS et RITA n'ont jamais, par consanguinité, pu former une race, comme ce fut le cas avec CORA, TJOP et DEWET, chez les Malinois, ainsi que PICARD d'Uccle, DUC de Groenendael et PETITE, chez les Groenendaels.

 

Dans l'exposition canine organisée par la Société Royale Saint-Hubert fin 1905, les chiens de Bergers Belges étaient représentés par un contingent de 73 sujets (40 Groenendaels, 27 Malinois) parmi lesquels 6 poils durs gris cendré foncé dont un seul répondait au standard ; les autres se distinguaient par une rare médiocrité. Aussi le juge V. FALLY se pose la question de savoir si les amateurs n'ont pas fait fausse route en préconisant la couleur gris cendré foncé. Le juge V. FALLY de poursuivre :

"Le fait est qu'on n'a jamais connu que les deux exemplaires gris comme types : BAZOEF et MIRA et dans la nombreuse série de leur descendance, tant directe qu'indirecte, ils n'ont donné que 4 ou 5 chiens répondant au standard. Presque tous leurs produits retournaient vers la couleur fauve. L'existence de la variété belge à poil dur est indéniable ; sa couleur originelle, à notre avis, n'était pas gris cendré foncé. Cette question devrait être remise à l'étude ; instruit par une expérience de dix années d'éleva­ge, il n'est pas douteux qu'on arriverait à lui donner une solution plus conforme à la réalité des faits."

 

Parmi les partisans des gris cendré, nous devons nommer 0mer REUMON, de Rixensart, éleveur de tout premier ordre, qui se passionna pour cette variété.

"Je me rappelle, écrit  A. PEFFER, avoir visité plusieurs fois son chenil. Il parvint, avec ses chiennes, à produire quelques bons sujets ; je dis quelques, car en général le déchet fut grand. Je dis déchet en me plaçant au point de vue couleur, car parmi les bringés et les fauves qui naquirent, il y eut de très beaux sujets, le gris cendré ne se reproduisant qu'exceptionnellement.


Dans « Chasse et Pêche » du 23 mars 1913, l’évolution de cette variété est résumée comme suit :

"Une grosse gaffe fut commise. Je fus des premiers à la combattre. Ce fut pour le poil dur. La séduction d'un type exceptionnel, presque anormal, quasi inconnu dans le pays, mais de toute beauté, le fit admettre comme modèle à suivre. Je ne cachai pas aux amateurs de l'époque ce qu'il y avait de dangers à vouloir fixer ce que j'appelai une anomalie; en effet, le poil de ce chien, aussi beau fût-il, était introuvable dans une autre famille. Vous savez la déconvenue des continuateurs du type de poil rude genre Bazoef.
Il est aujourd'hui plus rare que jamais ..."

 

En 1898, sans attendre la publication du nouveau standard, les amateurs des couleurs évincées (poil dur fauve dans un premier temps et rapidement rejoint par le poil long fauve)  fondèrent, en date du 18 juillet 1898, le « Berger Belge Club ».

 

Le 24 septembre 1905, le « Club du Chien de Berger belge » (fondé le 29 septembre 1891) renonce au patronage de la « Société Royale Saint-Hubert ». Ayant décidé de suivre le mouvement de la « Fédération des Sociétés Canines de Belgique » et après la dissolution de celle-ci en 1908, de s’allier au « Kennel Club Belge » (fondé en 1908), il se voit remplacer auprès de la « Société Royale Saint-Hubert » par le « Berger Belge Club ». Ce dernier organise le 5 mai 1907 sa 5ème exposition mais  la 1ère sous l’égide de la Société Royale Saint-Hubert, où le poil long fauve et le poil dur fauve participent officiellement. Exclues en 1898 par le « Club du Chien de Berger belge », ces deux variétés sont réapparues pour la première fois, dans des classes distinctes, en 1907 au cours de l’exposition (16-18 mars) du Schipperkes Club à Bruxelles.

 C’est en 1908 que le L.O.S.H. enregistre le premier « poil dur fauve ».

 

Pendant mon exil forcé en Hollande de 1914 à 1918, écrit A. Peffer,  je me suis occupé de dressage de chiens sanitaires. Parmi les quelques cinquante sujets qui me passèrent par les mains, il s'y trouvait une bonne demi-douzaine de poil dur fauves et bringés et, sans parti pris, je dois avouer que ce furent les plus intelligents et les plus faciles à dresser. J'ai visité pas mal d'expositions en Hollande depuis une quinzaine d'années, j'y ai presque toujours rencontré un lot imposant de poil dur inscrit soit comme Bergers Belges, soit comme Hollandais, différence basée simplement sur la couleur, les amateurs hollandais revendiquant la paternité des bringés, pour nous laisser les fauves. Or, je l'ai déjà dit, dans une portée de deux fauves, deux bringés ou deux gris cendré, nous retrouvons presque toujours deux ou trois couleurs."

 

 « Nos poils durs fauves, dénommés Laekenois, écrit F-E Verbanck,  ont leur origine dans les chiens de troupeau du berger JANSEN, dont le troupeau de moutons avait l’aurorisation de pâturer dans le Parc Royal de Laeken. C’est de là qu’ils tirent leur nom. »

Une autre explication me semble plus conforme à la réalité. Rappelons que c’est en 1898 qu’un groupe d’amateurs fonda le « Berger Belge Club ». C’est à Laeken, dans le jardin de la « Maison Rouge » que ce groupe organisa sa première exposition réservée à la première victime de l’unicité de la couleur par type de poil, c’est-à-dire la variété à poil dur fauve. On les appelait ensuite : « Ceux de Laeken… ou les Laekenois ».

Après la seconde guerre, le fauve est pratiquement la seule couleur rencontrée chez  le poil dur. La variété « gris cendré foncé » a disparue. Cette variété, reconnue depuis 1898 et n’ayant jamais fait l’objet d’une éviction, s’est éliminée par elle-même. Quelles en sont les causes ? A l’origine, le nombre de « poil dur gris cendré foncé » comptait seulement quelques unités. C’était un chien assez lourd qui manquait de tempérament  et de vitalité. Les nichées étaient souvent réduites à 2 ou 3 chiots.

 F.-E Verbanck déclare (dans un article datant de 1969) ceci : « D’après nos connaissances actuelles, les gris-cendrés seraient affectés d’un gène létal, tandis que les fauves seraient exempts de ce gène ».

 

Dans le standard de 1956 le terme « Laekenois » apparaît pour la première fois.

 

Pour le Laekenois, le dernier standard du 13 mars 2001 apporte quelques précisions quant à la longueur du poil  concernant le dessus du chanfrein, le front et les membres.

« Ce qui caractérise surtout le poil dur, c’est l’état de rudesse et de sécheresse du poil qui, en outre, est crissant et ébouriffé. Sensiblement de six centimètres sur toutes les parties du corps, le poil est plus court sur le dessus du chanfrein, le front et les membres. Ni les poils du pourtour des yeux, ni ceux garnissant le museau, ne seront assez développés pour masquer la forme de la tête. L’existence de la garniture du museau est cependant obligatoire. La queue ne doit pas former panache. »

 

La sélection du poil dur n'a jamais été parfaite­ment suivie, ce qui explique encore maintenant la diversité de type de cette variété par rapport au poil court et au poil long.

 

Jean-Marie Vanbutsele

Decembre 2004

 

 

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